L'Agroforesterie 

 
Parmi les modèles agricoles émergeants se distingue l'Agroforesterie. Les systèmes agroforestiers bénéficient de la complémentarité de l'arbre avec les autres cultures pour mieux valoriser les ressources du milieu. L'arbre retrouve une place privilégiée dans des systèmes de cultures diversifiés, innovants et Agro-écologiques. Il (re)devient un élément essentiel et structurant de la ferme. Ce modèle s'inscrit dans le concept de permaculture.

Un système diversifié qui favorise les auxiliaires de culture

Depuis la cime des arbres jusque dans le sol, en passant par les troncs et leurs cavités, la strate arbustive et la strate herbacée, les systèmes agroforestiers créent autant de niches biologiques qui, en fonction de la largeur, de la hauteur et de la densité du couvert arborescent, hébergent ou nourrissent des espèces qui ne peuvent pas survivre dans les territoires d’agriculture intensive. La protection biologique des cultures implique la mise en oeuvre de pratiques agricoles valorisant la biodiversité. La contribution des éléments arborés n’est pas négligeable. A l’interface des milieux cultivés, ils restaurent un équilibre biologique. Ils apportent aux auxiliaires des ressources et des habitats semi-forestiers, voire forestiers, parfois nécessaires à leur développement. Plus les physionomies agroforestières sont variées, plus la biodiversité est importante. Cela se traduit d’un point de vue fonctionnel par une augmentation du nombre d’auxiliaires.

L’arbre comme élément essentiel d’une stratégie de préservation de sols fertiles.

Les arbres jouent le rôle d’une “pompe à nutriment” en puisant des éléments nutritifs non utilisés par les cultures ou issus de la dégradation de la roche mère en profondeur. Ces éléments sont ensuite redistribués aux cultures par la décomposition des feuilles, branches et racines des arbres. Sur le long terme, cette décomposition de la biomasse des arbres mobilise les organismes qui jouent un rôle essentiel dans les processus de maintien de la fertilité, et notamment dans l’augmentation du taux de matière organique des sols. Au-delà de la fourniture de matière à décomposer, les arbres procurent une ombre favorable à une faune et une flore nombreuses. Il y a bien évidemment les précieux vers de terre, mais également des champignons essentiels à la nutrition des plantes cultivées. D’une manière imagée, ces champignons sont la “fourchette” des plantes qui leur permet de saisir les nutriments du sol pour les assimiler. La production de Bois Raméal Fragmenté (BRF) issue de l’entretien des haies permet notamment d’améliorer des sols dégradés.Le rôle anti-érosif des systèmes agroforestiers a toujours été utilisé dans l’aménagement des terres agricoles. Il reste aujourd’hui plus que jamais une “nécessité agronomique”. La perte du capital “sol” devient effectivement très problématique dans les régions où les sols sont naturellement sensibles à l’érosion. Les eaux emportent sur leur passage quantité de matière en suspension (mes) : particules de terre, sédiments, matières organiques, oligo-éléments, etc. Sachant qu’il faut plusieurs dizaines, voire centaines, d’années à la nature pour créer un centimètre de terre sur une roche nue, autant conserver jalousement la terre arable. L’action des systèmes agroforestiers face à l’érosion est triple. Ils agissent d’une part comme des peignes et retiennent ces éléments en amont. Puisqu’ils ralentissent la vitesse de l’écoulement des eaux sur le versant, ils limitent sa puissance érosive en aval. Aussi, l’effet brise-vent des systèmes agroforestiers limite l’érosion éolienne.

L’arbre participe à la préservation de nos ressources hydriques

La présence de systèmes agroforestiers dans les paysages agricoles induit un cheminement plus long et plus complexe de la circulation de l’eau. Ils segmentent la longueur des versants et réduisent ainsi la vitesse d’écoulement de l’eau. Ils dérivent sa trajectoire et forment ainsi des “réseaux hydrographiques secondaires” pour les écoulements de surface. Ils sont assimilables, en quelque sorte, à des drains. Les racines des arbres décompactent le sol et augmentent ainsi sa perméabilité. Puisque la surface couverte par les racines dépasse la seule largeur des houppiers, les capacités d’infiltration de l’eau sont augmentées sur de larges bandes en amont et en aval des éléments arborés. D’une manière générale, le paysage agroforestier est plus rugueux qu’en l’absence d’arbres avec trois conséquences non négligeables: la réduction de l’intensité des pics de crues et des phénomènes érosifs, l’amélioration de la qualité des eaux de surface et de la réserve utile en eau.

Un intérêt paysager évident

Dans une perspective d’aménagement agroforestier, l’approche paysagère permet d’améliorer l’espace de production, tout en mettant en scène le cadre de vie. Elle joint l’utile à l’agréable. Trouvant ses fondements dans l’histoire et la géographie des lieux, elle recourt à l’observation de l’espace de production et ses environs. Cette compréhension de l’espace agricole conduit à des aménagements valorisant l’originalité des formes, compositions et ressources locales. Dans tous las cas, cette démarche renforce l’identité du lieu. Et l’arbre des champs appuie cette mise en scène. Il lui donne une meilleure lisibilité puisqu’il se loge au niveau des éléments structurants des paysages. Son entretien et sa valorisation répondent à des logiques propres aux contraintes et atouts de chaque territoire et les stratégies agroforestières diffèrent donc catégoriquement.

Une approche nécessairement globale

Un seul et même arbre répond à de multiples problématiques. Il ne suffit donc pas de suivre machinalement les principes établis ci-dessus. Il convient plutôt d’en avoir la connaissance générale et d’en faire la synthèse sur le terrain. L’aménagement agroforestier d’une ferme nécessite de penser globalement “production”, “écosystème” et “paysage” en cherchant à comprendre comment l’exploitation s’insère dans ces différentes conceptions de l’espace agricole.

Guide pour l'implantation d'un verger maraicher en téléchargement :